samedi 13 avril 2024
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Son sac emporté par des voleurs et en détresse à Kinshasa, Collette prend enfin son bateau pour Kisangani  

Son sac emporté par des voleurs et en détresse à Kinshasa, Collette prend enfin son bateau pour Kisangani   

Son voyage par bateau sur le fleuve lui avait pris deux semaines, avec des escales dans différents ports. « J’ai quitté Kisangani avec un sac et demi de haricot (variété de Goma) et des médicaments d’une valeur de 150 dollars US.  Après avoir été formée infirmière à l’Institut des Techniques Médicales (ITM), je poursuis actuellement mes études au niveau supérieur. J’exerce déjà comme une infirmière à Kisangani. J’offre ainsi mes services lors de mon voyage par bateau. C’est la troisième rotation que j’effectue sur le fleuve Congo. La dernière fois, j’ai pu gagner 300 dollars US grâce à ces deux activités », indique Colette.

C’est ainsi qu’elle est revenue dans la capitale de la RDC en mars dernier. Elle a pu écouler son haricot en quatre jours au marché de la Liberté, où elle avait négocié une place dans un dépôt. « Mercredi le 15 mars 2023, je me suis rendue alors au marché central pour renouveler mon stock de médicaments avant d’aller chercher le premier bateau qui rentrait à Kisangani. A la descente du taxi-bus sur l’avenue Bokasa, aux alentours du grand marché, j’ai été vite projetée au sol par un voleur qui avait en même temps coupé la bandoulière de mon sac à mains, que j’avais pourtant coincé sous mes aisselles gauches. Mon cri de désarroi n’a eu aucun effet sur ce voyou qui a couru vers ruelle perpendiculaire, à la faveur de la boue », poursuit Collette.

Prise de pitié, une quinquagénaire lui a exprimé sa compassion. Mieux, elle lui a demandé de recourir à son église. Comme la victime lui a dit être catholique, elle lui a remis  5.000 Francs Congolais et lui a conseillé d’évoluer à pied jusque sur le boulevard du 30 juin. Là ; elle prendrait un taxi pour le siège de la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo). « Moi-même, je suis bloquée à Kinshasa. Il y a six mois, j’ai subi le même sort que toi. Dès lors, je me bats à réunir de quoi rembourser l’argent des frères qui m’avaient demandé de leur acheter certains biens ici dans la capitale », lui avait raconté la dame.

 Au Centre Interdiocésain, un agent du Service d’accueil l’a orientée vers la Caritas Congo Asbl, particulièrement en direction de son Fonds de Solidarité. Colette avait une seule demande : « Obtenir 70 dollars US pour pouvoir prendre un bateau de retour pour Kisangani ». Entre temps, elle était recueillie par une dame de bonne volonté au port (Libongo) dénommé « Orgaman ». Elle l’aidait à puiser de l’eau et laver les assiettes pour son petit restaurant de fortune.

Des questions de vérification ont été posées à cette habitante du quartier Kitenge dans la Commune de la Tshopo à Kisangani. Trois personnes de bonne volonté ont réuni 170 dollars US pour elle. Ce montant a couvert largement son billet de retour, l’achat d’une bâche neuve de 4 x 6 mètres pour s’abriter contre les intempéries lors du voyage (généralement sur des barges non couvertes). Colette s’est aussi acheté des médicaments essentiels (contre la malaria essentiellement, avec des test rapide) pour sa prestation infirmière lors du voyage et de nouveaux habits. Elle a reçu en outre des vêtements pour femmes, don d’une bienfaitrice anonyme déposé à la Caritas, afin de lui permettre de vendre ou d’échanger contre du poisson ou d’autres denrées alimentaires lors de son voyage sur le fleuve.

Colette recevant un lot de vêtements pour femmes
Colette recevant un lot de vêtements pour femmes

C’est aujourd’hui mercredi 05 avril 2023 que Colette toute joyeuse prend son bateau vers Kisangani. Déposée au port d’Orgaman, elle a exprimé sa profonde gratitude : « Que Dieu vous bénisse et bénisse tous ceux qui m’ont aidée, de quelque nature que ce soit, face à la triste situation que j’ai vécue ici à Kinshasa. Continuez à venir en aide aux plus vulnérables. Quant à moi, j’ai entendu votre conseil : je vais chercher une voie moins risquée de trouver l’argent et d’être plus prudente prochainement. Cette situation a réveillé en moi l’esprit de solidarité que nous devons entretenir les uns en faveur des autres, même envers des gens qu’on ne connait pas ».

Guy-Marin Kamandji