Ituri : la Pastorale des Pygmées de la Caritas Wamba multiplie son soutien pour la promotion des Peuples Autochtones
Wamba, le 11 août 2021 (caritasdev.cd) : Comme chaque année, le monde entier a célébré lundi 09 août 2021 la Journée internationale des Peuples Autochtones. Le thème de 2021 a été « Ne laisser personne de côté : Les peuples autochtones et l'appel pour un nouveau contrat social ». Ce souci d’inclusion en faveur des Peuples Autochtones (PA) a été ressenti depuis longtemps par le Diocèse de Wamba, dans la Province de l’Ituri, au Nord-Est de la RD Congo. Une Pastorale des Pygmées y existe depuis 1994, déjà à l’époque de Mgr Charles Mbowa. Ce dernier avait constaté l’existence de plusieurs Pygmées dans les différentes paroisses. « Cette minorité constituait déjà un champ d’apostolat et un champ d’évangélisation au sein de notre diocèse », a indiqué d’entrée de jeu Mgr Justin Amboko Asobe, Vicaire Général du Diocèse de Wamba et Directeur diocésain de la Pastorale des Pygmées, au sein de la Caritas-Développement Wamba, au cours d’un entretien à Wamba avec caritasdev.cd.
Wamba, le 11 août 2021 (caritasdev.cd) : Comme chaque année, le monde entier a célébré lundi 09 août 2021 la Journée internationale des Peuples Autochtones. Le thème de 2021 a été « Ne laisser personne de côté : Les peuples autochtones et l'appel pour un nouveau contrat social ». Ce souci d’inclusion en faveur des Peuples Autochtones (PA) a été ressenti depuis longtemps par le Diocèse de Wamba, dans la Province de l’Ituri, au Nord-Est de la RD Congo. Une Pastorale des Pygmées y existe depuis 1994, déjà à l’époque de Mgr Charles Mbowa. Ce dernier avait constaté l’existence de plusieurs Pygmées dans les différentes paroisses. « Cette minorité constituait déjà un champ d’apostolat et un champ d’évangélisation au sein de notre diocèse », a indiqué d’entrée de jeu Mgr Justin Amboko Asobe, Vicaire Général du Diocèse de Wamba et Directeur diocésain de la Pastorale des Pygmées, au sein de la Caritas-Développement Wamba, au cours d’un entretien à Wamba avec caritasdev.cd.
Evangélisation, scolarisation, agriculture des Pygmées, …des défis à relever
La Pastorale des Pygmées est partie de tristes constats et des besoins, considérés comme des défis à relever en faveur des Pygmées. Parmi ces défis à relever, il y a eu l’Evangélisation à travers les paroisses et les chapelles, l’aspect Catéchèse, pour que les Pygmées soient intégrés dans la vie ecclésiale, à l’instar de tous les autres peuples ou de toutes les autres tribus qui sont dans le Diocèse de Wamba.
Un 2ème défi était lié à la scolarisation de ce peuple, resté marginalisé : leurs enfants n’accédaient pas à l’école. Il fallait donc initier des écoles pour les enfants Pygmées dans lesquelles étudieraient aussi des enfants Bantous, dans la logique de l’intégration ou de l’inclusion, a souligné Mgr Justin Amboko.
Un 3ème défi était l’agriculture. « Dans le temps, il se disait que les Pygmées vivaient de la chasse et de la cueillette. Cela est vrai ; mais, compte tenu de l’intégration, ils vivaient des produits des champs, en travaillant chez les Bantous, avec parfois une faible rémunération. C’est ainsi qu’il fallait les sensibiliser à l’agriculture pour leurs propres comptes », a relevé le Directeur diocésain de la Pastorale des Pygmées.
Un autre défi, ce sont les femmes, qui ont une place prépondérante dans les foyers chez les Pygmées. Les femmes prennent la dernière décision. Il fallait donc tenir compte de l’aspect de l’égalité des chances entre les deux sexes dans les efforts de promotion des Pygmées.
La justice, la paix, le droit, c’est un autre domaine sur lequel travaille la Pastorale des Pygmées du Diocèse de Wamba. « Nous avons constaté que dans la vie sociale, les Pygmées était initialement marginalisés. Ils étaient même maltraités. Leurs droits n’étaient pas pris en compte ; même ceux liés à leur citoyenneté. Ils étaient considérés comme des sous-hommes ou devant appartenir à une autorité locale. Ils n’étaient pas indépendants dans leur vie sociale », a déploré Mgr Amboko.
Activités menées en faveur des Peuples Autochtones
Pour pouvoir relever ces défis, le Diocèse de Wamba a une attention particulière dans les paroisses, à travers la Pastorale des Pygmées. Celle-ci doit coordonner et faire rayonner les activités de ladite pastorale au niveau du diocèse. La Pastorale des Pygmées anime les paroisses, à travers les chapelles et les Communautés Ecclésiales Vivantes de base (CEV), de manière à être des organes qui évangélisent les Peuples Pygmées afin qu’ils reçoivent les Sacrements comme les autres peuples. « Ce processus se déroule tant soit peu et nous constatons qu’il y a quand même quelques Pygmées qui adhèrent à la foi et reçoivent les sacrements d’initiation (Baptême, Communion, Confirmation), mais aussi le sacrement de Mariage », a noté Mgr Justin Amboko.
Dans le volet de la scolarisation, la Commission de la Pastorale des Pygmées a initié des écoles dans des villages (même là où il n’y avait même pas d’écoles du tout), et certains centres administratifs. « Les enfants Pygmées étudient dans ces écoles-là, avec ceux des Bantous, puisque l’approche est vraiment d’intégration ; c’est-à-dire, ces enfants doivent grandir en s’appréciant mutuellement. Nous sommes arrivés déjà à une trentaine d’écoles primaires des Pygmées, avec une du cycle secondaire », a précisé le prélat.
Ce défi que la Pastorale s’investit à relever depuis plus de 15 ans, porte ses fruits. « Aujourd’hui, nous pouvons constater des jeunes Pygmées qui sont des enseignants dans ces écoles-là », a-t-il annoncé.
Par ailleurs, une formation pratique, notamment dans la filière médicale, est offerte aux Pygmées n’ayant plus l’âge de la scolarisation. Ainsi, des infirmiers, laborantins, etc., sont en train de travailler dans certaines Formations sanitaires, comme à l’hôpital secondaire Anualite de Matali, situé à 4 Kms de Wamba, au village natal de la Bienheureuse Anuarite Nengapeta. « C’est le cas d’un jeune laborantin Pygmée qui travaille dans cet hôpital depuis dix ans. Il est stable et apprécié de sa Hiérarchie et sa prestation profite à toute la communauté entière où il est bien intégré », s’est réjoui Mgr Amboko.
« Par ailleurs, nous sensibilisons les Pygmées à faire l’agriculture. Et, dans la mesure du possible, nous essayons de les appuyer avec des intrants agricoles. C’est une activité pédagogique et didactique », a fait savoir notre source. Elle a cité le cas d’un projet en matière d’éducation, en phase d’achèvement, qui a intègre d’autres volets intéressants : restauration des enfants, fournitures scolaires, encadrement en agriculture avec champs communautaires et individuels, etc. Le but visé ici est de permettre aux Pygmées de prendre en charge la scolarité de leurs enfants, au-delà de l’auto-substance alimentaire.
Concernant la promotion des femmes Pygmées, la Pastorale les encourage et accompagne dans des regroupements avec des formations axées sur la gestion des activités génératrices des revenus pour leur auto-prise en charge financière et matérielle.
En outre, en tant que Caritas intégrée, la Pastorale des Pygmées collabore avec une autre commission du Diocèse de Wamba, la Commission Diocésaine Justice et Paix, pour sensibiliser les Pygmées sur leurs droits et devoirs comme citoyens. « A partir de 2004, nous avons entamé des démarches pour que les Pygmées aient leurs cartes d’électeurs à l’instar de tous les autres Congolais, en préparation aux élections de 2006. Nous avons organisé des marches pacifiques comme elle d’Isiro, actuellement chef-lieu de la Province du Haut-Uélé. Plusieurs couches de la population étaient présentes, y compris le Gouverneur de la Province Orientale, dont dépendait avant la ville d’Isiro. La sensibilisation à la prise de conscience des droits par les Pygmées par toute l’opinion publique était au centre de ces marches », a souligné Mgr Justin Asobe.
Des moyens pas toujours suffisants
Le Directeur de la Pastorale des Pygmées a d’abord salué la « volonté manifeste de l’actuel Gouverneur de la Province du Haut-Uélé » pour la réhabilitation des routes, dont l’état très dégradé constituait une difficulté majeure pour le travail de sa commission diocésaine il y a quelques années.
Pour mener les actions d’accompagnement des Pygmées, la Pastorale compte d’abord sur des moyens locaux et des ressources humaines disponibles, notamment des Pygmées eux-mêmes, comme leur participation à la construction de certaines écoles construites en pisé. La Pastorale des Pygmées espère également un soutien des Organismes internationaux et du Gouvernement congolais. Certains ont été sensibles à ce plaidoyer.
La réponse du Gouvernement, à travers son Ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel, s’est soldée par l’agrément et la budgétisation de la plupart d’écoles pour Pygmées créées par la Pastorale diocésaine. Ce qui nécessite des aides extérieures pour l’appui au reste d’écoles non budgétisées.
« Par ailleurs, compte tenu de leur niveau de vie, les Pygmées ont d’énormes difficultés pour accéder aux soins de santé. Et, ils sont abandonnés à leur triste sort. La pastorale entreprend alors des activités de prévention des maladies, notamment l’hygiène à mettre dans leurs campements. Il n’y a pas d’appui financier en cette matière de santé, où malheureusement le taux de mortalité infantile est important », a déploré le prélat.
Et de lancer ce cri du coeur : « Que notre Gouvernement soit attentif à cette minorité, les Peuples Autochtones en général, et ceux de la Province du Haut-Uélé en particulier, où une Organisation structurée de l’Eglise catholique est opérationnelle. Nous voudrions remercier le Gouvernement pour l’action menée antérieurement à travers l’agrément et budgétisation des écoles et enseignants. Mais, nous continuons à tendre notre main au Gouvernement de sorte que le Peuple Pygmée puisse accéder à l’éducation à travers son appui, y compris aux soins de santé. A la Communauté internationale, au-delà des Organismes qui nous ont déjà appuyés (et dont certains nous appuient encore), nous sollicitons le soutien des autres ». Mgr Justin précise que « dans le Territoire de Wamba, il y a vraiment beaucoup d’agglomérations de Pygmées par rapport à celui de Mambassa où une partie abrite la réserve de la faune à Okapi ».
Il sied de rappeler que les Prêtres du Sacré Cœur, les Missionnaires de la Consolata, Combonniens et d’Afrique (Pères Blancs) avaient déjà jeté les bases de cette Pastorale des Pygmées dans le Diocèse de Wamba. Mgr Charles Mbowa avait été succédé par Mgr Janvier Kataka, l’actuel Evêque. Ce dernier a pris en compte l’option laissée par son prédécesseur et a institué une Commission de la Pastorales des Pygmées au sein du Diocèse de Wamba. Le missionnaire Combonien Franco Laudani sera ainsi détaché, à la demande de l’Ordinaire du lieu, pour être nommé comme premier Directeur diocésain de la Pastorale Pygmées. Ce dernier avait commencé à l’organiser en tenant compte de toutes les bases jetées pars les premiers missionnaires.
Guy-Marin Kamandji
