Sud-Kivu : Caritas Internationalis et Caritas Congo Asbl en visite de solidarité auprès de Caritas Bukavu
Bukavu, le 24 septembre 2025 (caritasdev.cd) : La Caritas Internationalis et la Caritas Congo Asbl visitent la Caritas diocésaine de Bukavu, en pleine crise de M23 à l’Est de la République Démocratique du Congo. Dans le cadre de cette visite de solidarité, une séance de travail a été organisée à Bukavu mardi 23 septembre 2025 avec les agents de la Caritas-Développement Bukavu.
La séance de travail a commencé à 15 heures et 20 minutes par une prière animée par le Secrétaire Exécutif de la Caritas Congo Asbl, Monsieur l’Abbé Edouard Makimba.
Le mot introductif a été donné par l’Abbé Louis Pasteur RUDAHIGWA CIZA, Directeur de la Caritas-Développement Bukavu. Il a signalé que la Caritas Internationalis a manifesté, depuis plusieurs semaines, un désir ardent d’apporter un message de réconfort à la Caritas-Développement Bukavu. C’est pourquoi, les délégués de la Caritas-Développement Bukavu invités à la Table Ronde, tenue à Kinshasa du 19 au 21 septembre 2025, ont écourté leur séjour dans la capitale Kinshasa afin de faire route ensemble avec leurs hôtes jusque dans la ville de Bukavu.
Après le passage du poste frontalier de Ruzizi 1er, les membres des deux délégations sont allés présenter les civilités à Monseigneur François-Xavier MAROY RUSENGO, Archevêque de Bukavu. Après le mot d’introduction, la parole a été accordée à l’Abbé Secrétaire Exécutif de la Caritas Congo Asbl.
Il a, sans tarder, rappelé aux participants à la séance de travail de ce jour qu’une table ronde venait de se terminer à Kinshasa à laquelle ont participé tous les partenaires du Réseau Caritas qui interviennent en République Démocratique du Congo. Deux Caritas diocésaines de chacune des six Provinces Ecclésiastiques ont participé à ces assises. Le but de ce forum national a été de réfléchir à la bonne marche du réseau œuvrant en RD Congo. Les thèmes principaux ont été la localisation et la coordination humanitaire au sein du Réseau Caritas en République Démocratique du Congo. La déclaration finale a ressorti les engagements de la Caritas Internationalis, de la Caritas Congo Asbl et des Caritas diocésaines.
Par la suite, la parole a été donnée à Monsieur John Coughlin qui, d’entrée de jeu, a précisé qu’il est en charge, de la Coordination de la réponse rapide couramment dénommée Appel d’urgence en sigles EA au niveau de la Caritas Internationalis. Ce mécanisme de financement est mis en place pour répondre aux crises humanitaires majeures dans le monde. Une autre tâche qui lui revient consiste à animer la confédération de plus de soixante membres en vue de venir à la rescousse des Caritas nationales qui vivent des situations humanitaires graves. Il s’occupe aussi du suivi de la mise en œuvre des projets d’urgence pour plus d’efficacité. Sa présence au Sud-Kivu est une marque de solidarité de la part de la Caritas Internaionalis à l’égard de la Caritas-Développement Bukavu.
Dans le cadre de la mission spécifique de cette mission, il a mentionné qu’il veut comprendre les défis auxquels fait face Caritas-Développement Bukavu pour apporter l’assistance aux personnes dans le besoin. Il voudrait aussi connaître, de manière interactive, comment le travail est organisé depuis le bureau jusque sur le terrain. La Confédération Caritas Internationalis, a-t-il signalé, veut donner une grande attention à la crise de l’Est de la RD Congo au même niveau que celle de Gaza et de l’Ukraine.
Quid des coupes budgétaires des Etats-Unis sur le Réseau Caritas ?
Dans le jeu de questions-réponses, un agent de la Caritas-Développement Bukavu a voulu connaître l’impact des coupes budgétaires imposées par Monsieur le Président des Etats-Unis sur le fonctionnement de la Caritas Internationalis. En guise de réponse, Monsieur John a fait savoir que les restrictions budgétaires de l’USAID n’auront pas de conséquences graves sur le fonctionnement de la Caritas Internationalis dans les douze mois à venir.
Par contre, certains membres de la Confédération Caritas souffrent de ces restrictions. C’est le cas par exemple de Catholic Relief Services (CRS) qui a mis plusieurs agents en congé technique et qui a arrêté des programmes à cause du manque de financement. La décision de la Maison Blanche a privé des milliers de personnes des soins médicaux et de l’assistance indispensable à leur survie. Cette situation reflète un manque des valeurs de solidarité et de justice distributive. Il faut également noter que ces coupes budgétaires vont priver la Confédération des frais statutaires dont doivent s’acquitter quelques Caritas nationales.
Un autre agent de la Caritas-Développement Bukavu a voulu savoir si l’appel des fonds est resté le même depuis 1995. Les appels d’urgence ont aidé la Caritas diocésaine de Bukavu à bien travailler. La réponse de John a été très explicite. Il a d’abord indiqué que chaque année la Caritas Internationalis lance autour de trente Appels d’urgence. Très peu sont financés. Plusieurs pays ont diminué leurs contributions à la réponse collective de la Confédération. Tout dépend donc de la volonté des donateurs et de la disponibilité des fonds à la portée des membres.
Moins de 50% des financements reçus des Appels d’urgence de la CI
En face de cette contrainte, il est établi que les propositions doivent respecter les standards de la Confédération. Les propositions de projet sont calibrées en fonction des ressources financières collectées surtout comme presque régulièrement les financements n’arrivent plus à 100 %. Depuis un temps, les appels pour les crises aigües reçoivent 20 %, 30 % et occasionnellement 50 % de financement. D’où, on est obligé de réviser les propositions afin d’implémenter les projets avec les fonds disponibles et c’est cela la faiblesse du mécanisme à cause de l’incertitude des fonds à mobiliser. 
L’exemple le plus frappant est la crise en Ukraine. L’appel lancé n’a reçu que 50 % des fonds alors que le conflit est fortement médiatisé. S’agissant de la crise à l’Est de la RD Congo, l’EA a été d’un million des Dollars Américains ; mais c’est 40 % du montant sollicité qui a été réceptionné. Faut-il ajouter que les pays comme la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, etc. ont adopté des politiques de diminution de leurs contributions. Cet état de choses est une matière à réflexion pour les Caritas nationales et, désormais, il faut prendre en amont des précautions en vue de faire face à cette situation.
Pour Christian NSANGAMINA, Coordonnateur National des Urgences de la Caritas Congo Asbl, il est clair que les financements baissent et les besoins ne font qu’augmenter. Néanmoins, il ne faut pas se décourager. Il faut partager les informations afin d’avoir de la matière pour le plaidoyer. On est très écouté comme deuxième réseau au monde. On demande les informations de terrain pour convaincre les partenaires et les donateurs.
Un dernier intervenant a voulu savoir quels conseils, sous la forme de bonnes pratiques, on peut donner aux deux Caritas (Bukavu et Goma) opérant sous occupation de la rébellion.
Exécuter proprement le travail
La réponse de l’Abbé Secrétaire Exécutif de la Caritas Congo Asbl a été la suivante : le peu de ressources reçues doit être géré convenablement. Il faut se conscientiser et effectuer le travail proprement et que le dernier centime arrive au bénéficiaire. Le deuxième conseil consiste en un partage d’informations pour permettre de mobiliser les ressources financières localement et à l’international. « Vaut mieux informer et ne pas recevoir de l’aide que ne pas informer et, en conséquence, ne pas recevoir le financement », a-t-il martelé. Le troisième conseil a fait mention de la localisation qui est une approche consistant à transférer les fonds aux Caritas diocésaines pour qu’elles travaillent pour leur autonomie. Les coupes des fonds ne sont plus une alerte, mais une réalité. C’est pourquoi des ateliers sur la localisation seront organisés l’année prochaine dans les différentes Provinces Ecclésiastiques de la RD Congo puis au niveau national à Kinshasa.
Le mot final de remerciements a été prononcé par l’Abbé Louis-Pasteur RUDAHIGWA CIZA. Selon lui, c’est un grand amour de la part de quelqu’un qui vient de l’Europe jusqu’à Bukavu dans un contexte de conflit armé. La RD Congo n’a pas une bonne réputation à l’extérieur à cause des crises sécuritaires récurrentes. Il a demandé à John Coughlin de transmettre les remerciements de la Caritas-Développement Bukavu à la Caritas Internationalis. Il a en plus remercié la Caritas Congo Asbl, car l’Abbé Secrétaire Exécutif a modifié son programme ou son agenda pour venir avec John C. dans la Province Ecclésiastique de Bukavu. La visite de John Coughlin à Bukavu s’opère dans le cadre professionnel. Il a émis le vœu de voir le Seigneur Dieu bénir la mission de la Caritas Internationalis et de la Caritas Congo Asbl au Sud-Kivu : « Les forts doivent réconforter les plus faibles. Nous devons nous unir dans la prière afin d’avoir la force et la sante d’aller vers les autres ».
Comme réplique, l’Abbé Secrétaire Exécutif Edouard Makimba a placé un mot indiquant que cette mission à Bukavu s’inscrit dans la continuité des visites de solidarité. Il en a effectué, jusqu’à ce jour, 25 sur les 48 programmées. Le constat est que le Réseau Caritas en RDC renaît. Le partenariat, la collaboration, le « modus operandi » sont désormais au top pour le construire. Les félicitations ont été adressées à tous pour ce qui est fait. A Bukavu, à Uvira, à Goma comme partout ailleurs la Caritas en général accompagne la population à surmonter les difficultés quotidiennes. Dieu bénit et continuera à bénir notre apostolat et notre service.
La rencontre a pris à 16 heures et 24 minutes par une prière et une photo de famille.
Valéry KALUMUNA
