BDOM de la Caritas Butembo-Beni en 2025 : Entre résilience sanitaire, défis sécuritaires et stabilité financière
Butembo, le 22 juin 2026 (caritasdev.cd) : Malgré que l’année 2025 ait été marquée par l’insécurité persistante, les déplacements massifs des populations et les perturbations des infrastructures, le Bureau Diocésain des Œuvres Médicales (BDOM) de la Caritas Butembo-Beni a réussi à maintenir ses activités essentielles et à préserver son équilibre financier. Selon son rapport annuel parvenu récemment à caritasdev.cd met en lumière les défis rencontrés, les performances enregistrées ainsi que les perspectives envisagées pour 2026.
Une offre de soins fragilisée par la guerre
L’année 2025 a été fortement impactée par le contexte sécuritaire dans la région. Les affrontements armés et les incursions rebelles ont entraîné la fermeture ou le dysfonctionnement de plusieurs structures de santé, notamment le Centre de Santé Mama wa Huruma Ntoyo, le Poste de Santé Masisi et le Centre de Santé de Référence de Biambwe.
Cette situation a provoqué une chute spectaculaire du taux de fréquentation des structures sanitaires, qui est passé de 69,37 % en 2024 à seulement 19,67 % en 2025.
Sur le plan de la santé maternelle et infantile, les résultats demeurent contrastés. Le nombre de décès maternels a diminué, passant de 16 à 10 cas, témoignant des efforts entrepris pour améliorer la prise en charge obstétricale. Toutefois, les ruptures utérines ont augmenté de 38 à 46 cas tandis que les mort-nés macérés sont passés de 119 à 213 cas, révélant des difficultés persistantes dans le suivi des grossesses et l’accès rapide aux soins spécialisés.
Le paludisme reste la principale menace sanitaire
Comme les années précédentes, le paludisme demeure la première cause de morbidité et de mortalité dans la zone de couverture du BDOM. En 2025, 56 883 cas ont été enregistrés, entraînant 347 décès.
Le rapport renseigne aussi que cette situation a été aggravée par les perturbations dans la distribution des moustiquaires imprégnées et les conditions de vie précaires des populations déplacées par les conflits.
Par ailleurs, les cas de maladies chroniques, notamment le diabète et l’hypertension artérielle, ont connu une hausse importante. Cette augmentation est principalement attribuée à l’amélioration des activités de dépistage dans les structures de santé.
L’introduction du nouveau canevas du Système National d’Information Sanitaire (SNIS) au cours du second semestre 2025 a constitué un défi majeur pour les équipes sanitaires.
Si la complétude des rapports a atteint un taux satisfaisant de 95,04 %, la promptitude de transmission a fortement chuté, passant de 49 % en 2024 à 35 % en 2025. Les responsables expliquent cette baisse par la nécessité pour les prestataires de santé de s’approprier les nouveaux outils ainsi que par les difficultés de communication dans les zones touchées par l’insécurité.
Sur le plan pharmaceutique, la Pharmacie Diocésaine (DIOPHAR) de la Caritas Butembo-Beni a démontré une remarquable capacité d’adaptation malgré les perturbations logistiques causées par la fermeture de l’aéroport de Goma et l’insécurité sur plusieurs axes routiers.
Les achats de médicaments et matériels médicaux ont atteint 733 964,62 dollars américains en 2025 contre 646 285,27 dollars en 2024. Les médicaments génériques essentiels représentent près de 43 % des acquisitions totales.
Bien que le taux de satisfaction des commandes auprès des fournisseurs ait diminué à 84,86 %, le BDOM a réussi à approvisionner ses propres structures sanitaires à hauteur de 91,20 %. L’indice de disponibilité des médicaments s’élève à 5,14 mois de consommation, dépassant largement la norme minimale de trois mois. Le taux de pertes liées aux péremptions et avaries demeure quant à lui très faible, à seulement 0,058 %.
Une situation financière globalement stable
Malgré un environnement économique difficile, le BDOM a clôturé l’exercice 2025 sur une situation financière équilibrée.
Le total des produits s’est élevé à 959 734,12 dollars américains contre des charges de 936 454,14 dollars, dégageant un excédent de 23 279,98 dollars. Bien que cet excédent soit inférieur à celui enregistré en 2024, il témoigne de la solidité de la gestion financière de l’institution.
L’augmentation des dépenses est principalement liée aux travaux de réhabilitation des infrastructures ainsi qu’à la maintenance des véhicules de supervision. Le taux d’autonomie financière du BDOM est resté particulièrement élevé, atteignant 99,59 %.
Pour l’année 2026, le BDOM entend poursuivre ses efforts en mettant l’accent sur l’amélioration de la qualité des soins maternels et néonataux. Les responsables prévoient notamment des revues systématiques des cas de mort-nés et de ruptures utérines afin d’identifier les causes et de renforcer les mesures préventives.
Parmi les priorités figurent également la réhabilitation et l’extension des maternités et salles d’hospitalisation de Wanamahika, Musienene et Matanda, la réouverture du Centre de Santé de Kinéhemba ainsi que l’intégration officielle de nouveaux postes de santé.
Sur le plan logistique, l’obtention de l’autorisation officielle de fonctionnement de la DIOPHAR, l’acquisition d’un véhicule de distribution et la mise en place d’une équipe spécialisée dans le recouvrement des créances figurent parmi les principaux objectifs.
Enfin, le renforcement des capacités du personnel sur les nouveaux outils du SNIS et la mise en œuvre d’évaluations régulières des performances des équipes de gestion devraient contribuer à améliorer davantage l’efficacité du réseau sanitaire diocésain.
Malgré les conséquences persistantes de la guerre et des déplacements de populations, le rapport 2025 du BDOM révèle une institution résiliente, capable de maintenir ses services essentiels tout en préparant activement les réformes nécessaires pour répondre aux défis de demain.
Paola Kalonji (Stagiaire)
