Plaidoyer pour une réponse humanitaire multisectorielle et coordonnée en faveur des déplacés internes à Pweto et Moba
Pweto, le 16 juillet 2026 (caritasdev.cd) : Plusieurs milliers de déplacés sont actuellement accueillis à Pweto, dans la Province du Haut-Katanga. Ils proviennent des territoires de Mitwaba, Moba, Manono et Pweto, où l’insécurité persiste depuis les incursions du mouvement DKLC en mars 2026. Certains viennent des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, fuyant les affrontements entre l’AFC/M23 et l’armée gouvernementale. À leur arrivée, ils se sont installés dans des sites spontanés, créés sans encadrement, où les conditions de vie sont extrêmement précaires. L’accès à l’eau potable est limité, les services de santé insuffisants, l’éducation compromise et les risques de protection accrus.
L’évaluation rapide a mis en évidence des besoins urgents dans tous les secteurs. Sur le plan sanitaire, les déplacés sont confrontés au paludisme, aux maladies diarrhéiques, aux infections respiratoires, à la rougeole et à la malnutrition, avec une vulnérabilité particulière des femmes enceintes et des enfants en bas âge.
Cette triste situation sécuritaire et humanitaire des personnes déplacées internes avait été rapportée par l’ONG AIDES, qui avait mené une évaluation dans les territoires de Moba (Tanganyika) et Pweto (province du Haut-Katanga, RDC) entre le 13 et le 24 avril 2026. Les conclusions alarmantes de ce rapport ont suscité de vives inquiétudes au sein de la communauté humanitaire.
Ainsi, suite à une alerte de l’OCHA, une mission conjointe dirigée par l’UNICEF a été effectuée du 30 juin au 10 juillet 2026 dans les camps de Mpelembe, Kasama et Kipambala. Composée de plusieurs acteurs humanitaires, elle devrait évaluer la situation humanitaire et de protection des populations affectées, ainsi qu’identifier les besoins prioritaires nécessitant une réponse urgente.
La mission regroupait des acteurs humanitaires et institutionnels tels que ACP, ADRA, APROFE, Caritas Congo Asbl, SODECO et TEGRA-ONGD. La Caritas Congo Asbl a été représentée par Dr Amédée Yambi, Chargé de Programme au Service de Promotion de la Santé. Ce dernier a contribué à l’évaluation des besoins sanitaires et à la planification des interventions en matière de santé publique. Chaque organisation a apporté son expertise dans des domaines spécifiques, allant de la protection de l’enfant et de l’éducation en situation d’urgence à la sécurité alimentaire, la logistique et l’appui psychosocial.
Le tableau sombre dressé par la mission conjointe relève également les conditions d’hygiène et d’assainissement largement en deçà des standards humanitaires, exposant les populations à un risque élevé d’épidémies. La sécurité alimentaire est alarmante, marquée par une réduction du nombre et de la qualité des repas et par l’absence de dépistage nutritionnel, alors que des cas de malnutrition aiguë sévère ont été observés.

Dans le domaine de l’éducation, de nombreux enfants restent exclus du système scolaire faute d’infrastructures et de moyens financiers, tandis que les enseignants déplacés tentent de maintenir une activité pédagogique dans des conditions très difficiles. La protection de l’enfant est également préoccupante, les mineurs étant exposés au travail dans les mines artisanales, à l’agriculture, à la pêche, aux mariages précoces et à l’absence d’espaces sûrs. Enfin, la majorité des ménages vit dans des abris de fortune qui ne les protègent pas des intempéries et ne disposent pas des équipements de base nécessaires.
Face à l’ampleur des besoins identifiés, le rapport souligne l’urgence d’une réponse humanitaire multisectorielle et coordonnée. Les interventions prioritaires doivent cibler la santé et la nutrition, la sécurité alimentaire, l’eau et l’assainissement, la protection de l’enfant, l’éducation en situation d’urgence ainsi que les abris et articles ménagers essentiels. Une mobilisation rapide des autorités et des partenaires humanitaires est indispensable pour améliorer les conditions de vie des déplacés et prévenir une aggravation de leur vulnérabilité.
Le rapport recommande également une mise à jour des données démographiques des sites, notamment le nombre de ménages et de personnes par sexe et tranche d’âge, afin de permettre un ciblage approprié des bénéficiaires et une planification efficace de l’assistance.
Keren Lulu
