Crise à Butembo-Beni : le BDOM appelle au soutien pour sauver le système de santé
Butembo, le 11 mars 2026 (caritasdev.cd) : Dans un contexte marqué par l'instabilité, la résilience sanitaire est une priorité absolue. Le BDOM Butembo-Beni sollicite l'appui technique et financier de ses partenaires pour maintenir ses hôpitaux opérationnels et répondre à l'urgence humanitaire en cours. Voilà pourquoi le Bureau Diocésain des Œuvres Médicales (BDOM) de Butembo-Beni a tenu le 09 mars 2026 son Conseil Médical annuel, réunissant les responsables des Etablissements de Soins de Santé du réseau, les Autorités sanitaires et plusieurs acteurs du Secteur de la Santé. Cette rencontre stratégique a permis d’évaluer la performance du système de santé diocésain pour l’année 2025 et de définir les priorités d’action pour l’année 2026 dans un contexte particulièrement complexe marqué par l’insécurité persistante dans plusieurs Zones de Santé du Nord-Kivu.
Depuis plusieurs années, les Structures sanitaires du réseau BDOM assurent une part essentielle de l’offre de soins pour les populations du diocèse de Butembo-Beni. Toutefois, la dégradation du contexte sécuritaire a entraîné des perturbations majeures dans l’organisation des services de santé, notamment la fermeture temporaire de certaines structures sanitaires, les déplacements massifs de populations, la rupture de certaines chaînes d’approvisionnement et la diminution de la fréquentation des formations sanitaires. Ces contraintes ont également affecté la disponibilité du Personnel de santé et la continuité de certaines interventions essentielles.

Malgré ces défis, les structures sanitaires du réseau BDOM ont démontré une capacité remarquable de résilience. Les performances enregistrées en matière de gestion de l’information sanitaire illustrent cet engagement. En 2025, le taux de complétude des rapports du Système National d’Information Sanitaire (SNIS) a atteint 95,04 %, en légère amélioration par rapport à 2024 (94,51 %). Ce résultat témoigne des efforts continus des équipes sanitaires pour maintenir la production de données fiables indispensables à la planification et à la prise de décision. Toutefois, la promptitude de transmission des rapports demeure un défi majeur, avec un taux de 35 % en 2025 contre 49 % en 2024, en raison notamment du changement du canevas de rapportage et des perturbations logistiques liées à l’insécurité.
Les analyses présentées lors du Conseil Médical ont également mis en évidence des défis importants dans le domaine de la santé maternelle et néonatale, qui reste une priorité majeure pour le BDOM. Bien qu’une réduction notable du nombre de décès maternels ait été observée – passant de 16 décès en 2024 à 10 décès en 2025 – les revues de décès maternels ont montré que la majorité de ces décès étaient évitables, révélant des insuffisances dans la qualité du suivi prénatal, la gestion des complications obstétricales et les mécanismes de référence. La persistance des cas de mort-nés et l’augmentation des ruptures utérines dans certaines structures soulignent la nécessité d’un renforcement ciblé des capacités du personnel des maternités et d’un accompagnement technique plus soutenu.
Les activités curatives ont également été fortement impactées par la crise sécuritaire. La fréquentation des structures sanitaires a connu une baisse importante, liée aux déplacements de populations et à l’insécurité dans plusieurs zones. Dans ce contexte, le paludisme demeure la première cause de morbidité, aggravée par les interruptions dans les campagnes de distribution de moustiquaires imprégnées et les conditions de vie précaires des populations déplacées. Par ailleurs, les maladies chroniques non transmissibles, telles que l’hypertension artérielle et le diabète, représentent un défi croissant pour les structures sanitaires qui disposent encore de capacités limitées pour leur prise en charge.
Le Conseil Médical a également souligné les besoins importants dans plusieurs domaines stratégiques, notamment la sécurité transfusionnelle, la santé mentale, la réhabilitation fonctionnelle, les soins spécialisés (ophtalmologie, soins bucco-dentaires) ainsi que le renforcement de la gouvernance des structures sanitaires. Dans un contexte marqué par les traumatismes liés aux violences et aux déplacements de populations, l’intégration récente des services de santé mentale dans certaines structures du réseau constitue une avancée importante qui nécessite un accompagnement et un financement supplémentaires pour assurer sa pérennité.
Malgré les contraintes sécuritaires, le réseau BDOM Butembo-Beni poursuit son expansion et son engagement au service des communautés. En 2025, quatre nouvelles structures sanitaires ont été intégrées au réseau, renforçant ainsi l’offre de soins dans certaines zones. Par ailleurs, certaines structures sanitaires fermées en raison de l’insécurité ont repris progressivement leurs activités, illustrant la volonté du réseau de maintenir l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables.

Dans son mot d’ouverture, le Représentant de l’Évêque du diocèse de Butembo-Beni a rappelé l’importance de promouvoir des soins de santé accessibles, équitables et de qualité pour tous, en mettant en avant l’initiative diocésaine de la Mutuelle de Solidarité pour la Santé (MUSOSA). Cette initiative constitue un mécanisme innovant de protection financière qui contribue à améliorer l’accès des populations aux services de santé et s’inscrit dans la dynamique nationale de la Couverture Sanitaire Universelle.
Face à l’ampleur des défis sanitaires et humanitaires dans la région, le BDOM Butembo-Beni réaffirme son engagement à renforcer la résilience du système de santé diocésain et à améliorer la qualité des soins offerts aux populations. Toutefois, la réalisation de ces objectifs nécessite un partenariat renforcé avec les partenaires techniques et financiers, afin de soutenir les interventions prioritaires dans les domaines suivants :
• le renforcement de la santé maternelle, néonatale et infantile ;
• la lutte contre le paludisme et les maladies infectieuses ;
• la prise en charge des maladies chroniques et non transmissibles ;
• le développement des services de santé mentale et de réhabilitation ;
• l’amélioration de la gouvernance et des systèmes d’information sanitaire ;
• le renforcement de l’accès financier aux soins à travers les mécanismes de solidarité sanitaire.
En clôturant les travaux, le Médecin Conseil Technique du BDOM Butembo-Beni a souligné que l’amélioration durable des indicateurs de santé dans le diocèse repose sur une collaboration étroite entre les structures sanitaires, les autorités sanitaires et les partenaires techniques et financiers. Dans un contexte de crise prolongée, le soutien des partenaires demeure essentiel pour consolider les acquis et renforcer la capacité du réseau BDOM à répondre aux besoins croissants des populations.
À travers ce Conseil Médical, le BDOM réaffirme sa volonté de poursuivre sa mission au service de la santé et de la dignité humaine, tout en appelant à une mobilisation accrue de la solidarité internationale pour soutenir les communautés affectées par la crise dans la région de Butembo-Beni.
Luvalya Venant, MCIAH - Chargé de Projet
