Journée internationale de la langue maternelle 2025 : des témoignages intéressants sur le sens et l’usage de cette langue en RDC
Kinshasa, le 21 février 2025(caritasdev.cd) : A l’occasion de la journée internationale de la langue maternelle, célébrée le 21 février de chaque année, les Agents de la Caritas Congo Asbl se sont exprimés sur l’importance accordée à la préservation de la langue maternelle comme moyen de sauvegarde du patrimoine culturel d’un peuple. Il sied de souligner d’entrée de jeu que plusieurs personnes confondent la langue maternelle avec la langue vernaculaire. Dans cet article, les témoignages et avis repris dans cet article le font voir aisément. Caritasdev.cd laisse toutefois à chaque lecteur de découvrir cette confusion, qui n’enlève en rien l’importance que les uns et les autres accordent à la langue maternelle.
En effet, la langue maternelle se réfère à la première langue qu’une personne apprend dès son enfance. C’est la langue avec laquelle on grandit et que l’on maîtrise le mieux, généralement parce qu’elle est utilisée par la famille et dans l’environnement quotidien. Tandis que la langue parlée au sein d’une tribu ou d’un groupe ethnique est appelée " langue vernaculaire " ou « langue ethnique « . Elle peut aussi être désignée comme « langue locale » ou « langue indigène » en fonction du contexte.
Il s’avère que la RDC est culturellement gâtée en diversité linguistique. D’où, il ressort de cette interview la nécessité d’apprendre à la jeune génération nos langues vernaculaires.
La langue considérée comme un héritage transmis par les aînés
Junior Muamba, s’est interrogé pour ce qui est de l’expression " langue maternelle « . Pour lui, sa langue maternelle est le français ; car, c’est la première langue qu’il a apprise dès son enfance. Dans ce même élan, il a signalé qu’il apprend à ses enfants comme leurs langues maternelles : le français et l’anglais.
Pour certains, la langue maternelle est considérée comme leurs langues vernaculaires, c’est le cas de Madame Pascaline Boketshu. Pour elle, la langue maternelle, c’est la langue que l’enfant apprend en famille. « Elle est d’une grande importance parce que nous remarquons que petit à petit nous commençons à perdre nos racines familiale et traditionnelle. La langue maternelle solidifie le lien familial ; il y a vraiment une intimité entre les parents et les enfants en s’exprimant en langue maternelle », soutient Mme Pascaline
Et d’ajouter : « Durant mon enfance, on recevait parfois chez nous des personnes venant du village qui parlaient uniquement la langue vernaculaire de notre coin. Avec elles, la communication était fluide parce qu’on échangeait dans notre langue et ça faisait la joie. Ce système n’a pas changé jusqu’à ce jour, sauf s’il y a des étrangers pour n’est pas les mettre mal à l’aise ».
Madame Pascaline a recommandé aux parents qu’au-delà des langues nationales et internationales, les enfants devraient apprendre aussi la langue maternelle que nous considérons comme langue vernaculaire chez nous. J’encouragerais aussi nos enfants à fournir des efforts d’apprendre la langue vernaculaire, peu importe l’âge ou le milieu dans lequel on se trouve, afin de ne pas perdre nos racines.
La mondialisation entraîne une perte progressive des langues maternelles
Monsieur Casimir Djoko Kamdem a souligné l’importance capitale de la langue maternelle dans la vie active d’un individu, en particulier pour la génération actuelle. Il a rappelé que la langue maternelle constitue l’identité d’un individu, d’une communauté et d’un peuple. Elle est un marqueur d’appartenance qui permet de se situer au sein d’une société.
Aujourd’hui, la mondialisation entraîne une perte progressive des langues maternelles, et la génération actuelle en est particulièrement affectée. En République Démocratique du Congo, plus de 50 % des enfants ne maîtrisent pas leur langue maternelle, souvent reléguée au rang de simple langue vernaculaire.
« J’ai personnellement appris ma langue maternelle grâce à mes oncles et à ma grand-mère. Lorsque cette dernière nous donnait des instructions, elle le faisait toujours dans notre langue maternelle. Elle répétait souvent : "Je veux que vous appreniez notre langue maternelle, car on ne sait jamais... Un jour, elle pourrait vous sauver."
« La langue maternelle a sauvé mon oncle de la mort... »
Ces paroles ont pris tout leur sens lorsqu’un événement dramatique a failli coûter la vie à mon oncle. Lors de la guerre de l’AFDL à Kisangani, il s’est retrouvé en danger, confondu en raison de sa morphologie à un groupe ethnique ciblé par les forces non étatiques présentes à l’époque dans la ville. Pris au piège, il a crié en Kizimba : « Nasokwa », un mot qui signifie 'Je suis mort'.
À cet instant, l’un des combattants s’est arrêté et a dit : « Celui-ci parle ma langue maternelle. » Grâce à cette reconnaissance linguistique, mon oncle a été épargné.
Cet épisode illustre combien la langue maternelle est bien plus qu’un simple moyen de communication : elle est un lien social, un héritage culturel et, parfois même, une bouée de sauvetage.
Quant à la Sœur Toto Kuso Michelline, cette journée est un rappel de motivation pour promouvoir l’utilisation des langues maternelles.
« Moi, je parle couramment ma langue maternelle qui est le Kikongo. Et j’écoute bien ma langue vernaculaire qui est le Kiyombe. Cette dernière, je ne la parle pas bien, du fait que je n’avais pas eu la chance d’évoluer dans le milieu où elle est parlée couramment.
Nous tous, nous devons faire de notre mieux pour connaître nos langues maternelles parlées en RDC. J’apprécie déjà le programme d’enseignement au niveau national qui prend en compte les 4 langues nationales à être enseignées dans les écoles. A part ma langue maternelle, j’aimerais aussi connaître d’autres langues vernaculaires de la RDC ».
Monsieur Jean-Claude Kithima a fait savoir que c’est important de connaître sa langue maternelle pour une bonne intégration dans sa communauté d’origine.
« Ma grand-mère, mes oncles et mon père me parlaient dans notre langue maternelle « vernaculaires » que je parle aussi couramment. Ma langue maternelle, c’est mon identité linguistique. Malheureusement, mes enfants ne parlent pas ma langue vernaculaire, car ma femme et moi ne sommes pas de la même région. Mais, nos enfants parlent quand-même le Swahili qui est une langue nationale qui me connecte avec ma femme. Si on parle de la langue vernaculaire » ou « langue ethnique, ça sera très difficile ».
Toutefois, il est important de parler sa langue maternelle aux enfants à la maison si les deux parents parlent la même langue maternelle.
« La langue maternelle est une langue que je parle et j’aime bien. Je me sens fier de la parler », indique Monsieur Constantin Tshidiadia.
« Je suis né et j’ai grandi au Kasaï Central. Je parle très bien le Tshiluba, ma langue maternelle et aussi ma langue vernaculaire. Car, cela fait partie de notre culture. Nés à Kinshasa, mes enfants ont le français comme leur langue maternelle. Mais, je leur apprends ma langue vernaculaire ou éthnique. Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’apprendre aux enfants leur langue vernaculaire, je suggère de le faire ; car c’est très important pour conserver nos valeurs linguistiques ».
Dr. Rodolphe Olako se sent chanceux et heureux d’être né et grandi au village où il a appris sa langue vernaculaire. Comprendre sa langue maternelle est très important. Cela nous permet aussi de se parler sans pour autant gêner une personne quelconque au cas où il y aura une chose confidentielle à communiquer.
Mes enfants n’ont pas eu la chance d’apprendre notre langue vernaculaire comme moi parce que ma femme parle une autre langue. En échangeant en notre langue maternelle avec mes frères, mes enfants aux alentours, sont curieux d’apprendre et ils arrivent à capter certains mots qui pourraient les aider d’une manière ou d’une autre dans la société.
La langue maternelle ne doit pas être parlée partout. On doit savoir cibler les endroits pour ne pas indisposer les autres qui ne parlent pas ma langue maternelle. A moins qu’elle ne soit aussi parmi les quatre langues nationales. On doit tenir compte de son entourage, des personnes qui sont en face de nous en vue de privilégier une vie communautaire.
Propos recueillis par Keren Lulu, Paris Mona et GMK
