Nord-Kivu: Entre violences armées et retour d’Ebola, une province au bord de l’asphyxie humanitaire
Nord-Kivu: Entre violences armées et retour d’Ebola, une province au bord de l’asphyxie humanitaire
Goma, le 19 juin 2026 (caritasdev.cd) : Face à escalade des combats et à la réapparition officielle de la maladie à virus Ebola, la situation humanitaire dans la province du Nord-Kivu a atteint un seuil critique au cours du mois de mai 2026. Selon le dernier rapport de situation du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), plus de 1,83 million de personnes sont désormais déplacées internes dans la province, fuyant une insécurité qui ne cesse de s’étendre.
Un front sécuritaire en constante détérioration
Le mois de mai 2026 a été marqué par une intensification dramatique des affrontements armés, touchant simultanément plusieurs territoires clés de la province.
Dans le territoire de Masisi, le plus durement éprouvé, Plus de 277 000 personnes déplacées y nécessitent une assistance multisectorielle urgente. Rien qu’entre le 21 et le 25 mai, l’escalade des combats dans le secteur de Katoyi a jeté sur les routes près de 50 000 civils, tandis que la cité minière de Rubaya a été le théâtre de frappes de drones.
Ce rapport signale qu’à Rutshuru et Walikale, les tensions persistantes et l’usage de drones (notamment à Rumangabo et Rusamambu) entretiennent un climat de terreur. À Walikale, plus de 13 750 personnes ont été contraintes de fuir à la mi-mai et à Beni. Les populations civiles continuent de payer le prix fort avec des attaques meurtrières récurrentes, comme celle du quartier Ngadi à la fin mai, provoquant le déplacement de 65 000 personnes depuis le début de l’année. L’insécurité routière paralyse l’aide. Sur l’axe Kiwanja-Kanyabayonga, au moins sept braquages de convois humanitaires et des enlèvements ont été rapportés, limitant drastiquement l’accès aux populations en détresse.
Le spectre d’Ebola complique la riposte
L’élément le plus alarmant de cette crise est l’extension de l’épidémie de maladie à virus Ebola (souche Bundibugyo) au Nord-Kivu, initialement déclarée le 15 mai en Ituri. Au 31 mai 2026, les autorités recensaient déjà 17 cas confirmés répartis dans des zones stratégiques comme Beni, Butembo, Goma ou encore Oicha.
Ce 19 juin 2026, la situation épidémiologique est de 896 cas confirmés et 232 décès confirmés.
Cette crise sanitaire majeure impose de lourdes contraintes logistiques aux humanitaires. Les distributions de biens de première nécessité doivent désormais intégrer des mesures barrières strictes (distanciation physique, limitation des rassemblements), ce qui engendre des coûts financiers et des délais supplémentaires. De plus, les restrictions de mouvement mises en place aux frontières (notamment entre Goma et Gisenyi) et sur l’axe Goma-Butembo freinent la mobilité des équipes de secours.
En dépit d’un contexte sécuritaire hautement volatile, les agences onusiennes et les ONG locales et internationales maintiennent une pression opérationnelle pour sauver des vies: Eau, Hygiène et Assainissement (EHA)
Le secteur de l’eau a été le plus actif, parvenant à assister 440 000 personnes en mai. Les efforts se sont concentrés sur la chloration de l’eau et la désinfection des ménages pour contenir le choléra à Goma, Karisimbi et Nyiragongo, tout en réhabilitant des infrastructures dans le Masisi et le Walikale.
Abris et Protection de l’enfance
Des milliers de ménages ont reçu des kits d’articles ménagers essentiels (AME), notamment à Lubero et Masisi. Sur le plan de la protection, les organisations ont identifié et pris en charge 398 enfants non accompagnés ou associés aux groupes armés, réussissant à en réunifier 207 avec leurs familles.
Santé et Nutrition
La riposte contre Ebola s’accélère avec la réhabilitation et l’extension des Centres de Traitement Ebola (CTE) et d’isolement : 40 lits à Munigi (par MSF), 15 lits à l’Hôpital Provincial du Nord-Kivu (par ALIMA) et 12 lits à l’Hôpital de Virunga (par IMC). Parallèlement, plus de 3 800 enfants souffrant de malnutrition aiguë (sévère et modérée) ont été pris en charge ce mois-ci.
Pour redonner une autonomie de survie aux familles, un élan de transferts monétaires à usage multiple a permis de distribuer environ 2,1 millions de dollars américains à 17 902 ménages déplacés et hôtes.
Face à ce cumul de crises, OCHA et la Coordination opérationnelle humanitaire provinciale (COHP) tirent la sonnette d’alarme et fixent quatre priorités absolues notamment l’ouverture des corridors humanitaires sécurisés et prévisibles, en particulier sur les axes routiers vitaux Goma-Kanyabayonga-Butembo et Goma-Masisi, l’Intensification d’’aide d’urgence (vivres, abris, eau) dans le Masisi, le Rutshuru, le Walikale et Beni. On note aussi l’augmentation massive des financements dédiés à la riposte Ebola pour donner aux structures de santé rurales et urbaines les moyens de diagnostiquer et de soigner et le renforcement de la protection des civils face à la multiplication des incidents de protection et des traumatismes psychologiques.
Sans un engagement financier international immédiat et un accès sécurisé garanti par les parties au conflit, la convergence de la guerre et de l’épidémie menace de plonger le Nord-Kivu dans un désastre humanitaire sans précédent.
Mutombo Mbuyi Dahlia (stagiaire)
