RDC : le Réseau Caritas se mobilise pour contribuer à la riposte contre Ebola
Kinshasa, le 20 mai 2026 (caritasdev.cd) : La réponse à la 17ème épidémie de la maladie à virus Ebola en RDC devra reposer sur une forte synergie entre les membres du Réseau Caritas, les Autorités gouvernementales, les Partenaires Techniques et Financiers ainsi que les autres acteurs humanitaires. Ce vœu a été exprimé mardi 19 mai 2026 par le Secrétaire Exécutif de la Caritas Congo Asbl, s’exprimant en visioconférence lors de la réunion extraordinaire du Country Forum qu’il a présidée. Monsieur l’Abbé Edouard Makimba s’adressait aux représentants du Secrétariat Général de la Caritas Internationalis et de quelques membres de cette grande confédération, notamment CRS, Secours Catholique-Caritas France, CAFOD, Caritas Espagne et Caritas Norvège.
Cette réunion extraordinaire du Country Forum sur Ebola s’est tenue en vue de permettre aux membres du Réseau Caritas ainsi qu’aux partenaires présents d’échanger sur la situation épidémiologique actuelle liée à la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
À l’ouverture des travaux, le Secrétaire Exécutif de Caritas Congo Asbl a remercié les participants pour leur disponibilité, malgré des agendas particulièrement chargés. Il a ensuite souligné que cette rencontre avait été convoquée en urgence afin de partager les informations disponibles sur la crise sanitaire en cours, d’anticiper les besoins prioritaires et de réfléchir collectivement aux mécanismes de coordination et de réponse appropriés.
Présentation de la situation épidémiologique
Prenant la parole, Dr Emmanuel Mbuna a présenté un aperçu général de la situation sanitaire. Il a indiqué que les premiers signes de l’épidémie avaient été observés depuis le 29 mars 2026 dans la région de Bunia, dans la province de l’Ituri, même si la confirmation officielle n’est intervenue que récemment. Il a précisé que les données relatives au nombre de décès demeuraient évolutives et faisaient l’objet de mises à jour quotidiennes par les autorités sanitaires provinciales.
Il a également expliqué que la souche actuellement identifiée diffère de la souche Zaïre traditionnellement rencontrée en RDC et qu’aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement disponible pour cette variante.
Malgré cela, les mesures de prévention et de contrôle de l’infection commencent progressivement à être mises en place avec l’appui des autorités sanitaires et des partenaires présents sur le terrain.
Capacités opérationnelles du réseau Caritas
Au cours des échanges, les intervenants ont mis en évidence l’expérience significative du Réseau Caritas, notamment celle de Caritas Bunia, dans la gestion des précédentes flambées d’Ebola en République Démocratique du Congo. Il a été rappelé que Caritas Bunia dispose déjà d’une présence opérationnelle importante dans plusieurs zones de santé ainsi que dans des structures sanitaires de référence.
Les participants ont souligné que les capacités du réseau reposent également sur son fort ancrage communautaire à travers les paroisses, les Communautés Ecclésiales de Base, les doyennés ainsi que les différentes plateformes confessionnelles. Cette présence de proximité constitue un atout majeur pour la sensibilisation communautaire, la diffusion des messages de prévention et l’accompagnement des populations affectées.
Préoccupations liées à la protection du Personnel de santé
Les discussions ont mis en lumière de sérieuses préoccupations relatives à la protection du personnel de santé et des agents communautaires. Plusieurs intervenants ont signalé une insuffisance critique en équipements de protection individuelle, alors même que certains agents de santé auraient déjà perdu la vie dans le cadre de cette épidémie.
Les participants ont insisté sur la nécessité urgente de renforcer les capacités de protection des personnels soignants, des relais communautaires ainsi que des bénévoles engagés dans la réponse, afin de limiter les risques de contamination dans les structures sanitaires et au sein des communautés.
Sensibilisation communautaire et communication des risques
Une large partie des discussions a porté sur la sensibilisation communautaire et la communication sur les risques. Les participants ont relevé que dans plusieurs localités, les communautés continuent d’associer les décès à des croyances mystiques ou à des mauvais sorts, ce qui freine l’adhésion aux mesures de prévention et complique la prise en charge rapide des cas suspects.
Dans ce contexte, les membres du réseau ont insisté sur l’importance de renforcer les campagnes de sensibilisation à travers les radios communautaires, les églises, les leaders religieux et les structures communautaires déjà existantes. Il a été convenu que les leaders religieux devront bénéficier de séances de formation et de briefing afin de relayer correctement les messages de prévention auprès des communautés.
Les participants ont également souligné l’importance de promouvoir la communication pour le changement de comportement et l’engagement communautaire afin de favoriser l’adhésion des populations aux mesures sanitaires.
Situation des personnes déplacées et besoins WASH
Les intervenants ont particulièrement attiré l’attention sur la situation préoccupante des personnes déplacées internes vivant dans de nombreux camps et sites de déplacement à travers la région affectée. Selon les informations partagées, ces populations constituent le groupe le plus exposé au risque de propagation rapide de l’épidémie en raison de la forte densité de population, de l’insuffisance des infrastructures sanitaires et des conditions précaires d’eau, hygiène et assainissement.
Les participants ont rappelé que l’absence de services WASH adéquats pourrait considérablement aggraver la situation épidémiologique. À cet effet, il a été recommandé de renforcer les activités liées à l’accès à l’eau potable, à l’installation de dispositifs de lavage des mains ainsi qu’aux actions de sensibilisation dans les camps de déplacés.
Contraintes logistiques et opérationnelles
Plusieurs préoccupations ont été soulevées concernant les défis logistiques liés à la réponse, notamment les restrictions de mouvements, les difficultés d’accès à certaines zones ainsi que la fermeture de certaines frontières régionales. Des inquiétudes ont également été exprimées quant à l’acheminement des médicaments, du matériel médical et des équipements de protection vers les zones affectées.
En réponse à ces préoccupations, plusieurs pistes logistiques ont été évoquées, notamment l’utilisation de corridors alternatifs via Kalemie, Uvira et Bukavu ainsi que le recours aux liaisons aériennes existantes. Les participants ont également estimé que les mécanismes habituels de transfert des financements humanitaires devraient permettre de soutenir les opérations dans les provinces concernées.
Coordination de la réponse et approche stratégique
Le Secrétaire Exécutif de Caritas Congo Asbl Caritas a insisté sur la nécessité d’adopter une réponse coordonnée et harmonisée afin d’éviter les interventions fragmentées ou isolées. Il a été souligné que la réponse à cette crise devra reposer sur une forte synergie entre les membres du réseau Caritas, les autorités gouvernementales, les partenaires techniques et financiers ainsi que les autres acteurs humanitaires.
Le Coordonnateur national du Service de la Promotion de la Santé de Caritas Congo Asbl a informé qu’une réunion avec le Ministère de la Santé était prévue le lendemain afin de clarifier les orientations gouvernementales, les mécanismes de coordination et les modalités d’implication des partenaires dans la réponse nationale.
Contributions et engagement des partenaires
Au cours des échanges, le représentant de CRS a informé les participants que des démarches étaient en cours pour mobiliser des ressources financières en appui aux activités de sensibilisation communautaire, de communication des risques et de protection des personnels de santé. CRS a réaffirmé sa disponibilité à travailler en étroite coordination avec les Caritas locales et l’ensemble des membres du réseau afin de garantir une réponse concertée et efficace.
Par ailleurs, plusieurs partenaires ont encouragé le partage régulier des rapports de situation, des besoins prioritaires, des estimations budgétaires ainsi que des supports de communication afin de faciliter le plaidoyer et la mobilisation des ressources au niveau de la Confédération et des partenaires internationaux.
GMK

