Un an d’Episcopat à Molegbe : Mgr Joseph Mopepe Ngongo face aux défis humanitaires et au rôle de la Caritas
Molegbe, le 21 avril 2026 (cariatsdev.cd) : Un an après sa nomination par le Saint Père le 15 avril 2025, Mgr Joseph Mopepe Ngongo dresse un bilan lucide des réalités humanitaires et sociales qui marquent le diocèse de Molegbe, situé dans la province du Nord-Ubangi, avec une partie du Sud-Ubangi, en RDC. Entre crises identitaires, afflux de réfugiés et enjeux de santé publique, l’Évêque souligne l’importance de la Caritas-Développement comme outil pastoral et social indispensable. Dans cet entretien, il partage sa vision pour renforcer la solidarité chrétienne, l’autonomie de la Caritas et l’engagement des communautés locales, en particulier des jeunes et des femmes, pour bâtir un avenir fondé sur l’éthique, la transparence et le développement durable.
1. Question (Q)/ Excellence, voilà une année depuis que vous avez été nommé par le Saint Père, Evêques du Diocèse de Molegbe ; c’était exactement le 15 avril 2025. Quels sont les principaux défis humanitaires que vous avez identifiés dans le diocèse de Molegbe au cours de cette première année et quelle réponse humanitaire, de promotion de la santé et du développement durable que la Caritas-Développement Molegbe y apporte-t-elle ?
Réponse : R/Il y a plusieurs défis humanitaires tels que :
- les réfugiés centrafricains basés à INKE et tout au long de la rivière Ubangi, mais aussi à Bili dont la cohabitation avec la population autochtone pose problème.
- Arrivée massive des éleveurs Mbororo dans la partie Nord du diocèse avec familles et bétails qui détruisent tout sur leur passage, laissant les villageois dans le désarroi, engendrant des conflits et la violence avec morts d’hommes.
- Les crises identitaires occasionnant des conflits intercommunautaires. Exemple de conflit entre NGBUGBU et NGBANDI à Bassa Gbeseli : Des maisons ont été incendiées en janvier 2026 de part et d’autre.
- Des maladies endémiques comme la malaria qui continue à faire ravage. Dans ce contexte, le projet GC7 géré par la Caritas, en partenariat avec la SANRU, est d’un apport considérable. Il donne l’occasion de féliciter et de réaffirmer notre soutien à ces organismes.
- La déforestation occasionnée par les cultures vivrières intensifiées par les agriculteurs locaux.
L’agriculture est aussi inscrite au programme des activités de la Caritas aussi bien que l’élevage ; elle mérite une attention particulière avec l’appui technique des partenaires nationaux et internationaux soucieux du bien-être et du développement dans nos milieux.
Le diocèse est en train de mettre en place de mécanismes qui permettent d’intervenir dans le domaine de la formation et d’accompagnement dans le domaine de l’agro-alimentaire pour l’autosuffisance tout en veillant à la protection et à la préservation de nos forêts.
- Le défi de la cogestion des structures de la santé du Nord. Le diocèse compte actuellement 4 structures sanitaires : Molegbe, Yakoma, Wapinda et Abuzi et 4 autres au Sud, Gemena, Bwamanda, Mawuya et Bobito. Toutes ces structures étaient gérées par CDI-Bwamanda. Depuis la scission de CDI en deux, l’Etat a récupéré toutes les structures sanitaires du nord du diocèse, et le diocèse peine à les reprendre. Une démarche est déjà amorcée auprès de DPS/Nord-Ubangi. Nous sommes en train de nous impliquer personnellement pour résoudre ce problème. Dans cette perspective, nous sollicitons également l’implication des Gouverneurs des deux provinces de Nord et Sud-Ubangi. Nous espérons que les démarches vont aboutir pour permettre à l’Eglise de jouer pleinement son rôle social dans ce domaine.
Au sud du diocèse, c’est plus CDI et la Caritas Budjala qui opèrent. Ce qui est une bonne chose. A l’avenir, nous nous efforcerons de développer la bonne collaboration pour le bien de nos communautés.
Tout cela nous engage à concentrer nos énergies sur l’enseignement de qualité dans nos écoles et institutions de formation au niveau secondaire et supérieur en vue de préparer la relève. Des efforts doivent être faits dans ce domaine pour miser sur l’éthique et la spiritualité diocésaine et la vulgarisation de l’accord-cadre qui régit la relation entre l’Etat congolais et l’Eglise Catholique avec l’implication de la Caritas qui s’occupe de la paie des enseignants…
Tous ces problèmes soulevés ci-dessus appellent à mettre en place des mécanismes appropriés pour y faire face, en impliquant les acteurs clés dans le processus.

Q/2. Quelle est votre vision pour la Caritas-Développement Molegbe dans les prochaines années, et comment souhaitez-vous renforcer son rôle dans la vie pastorale et sociale de votre diocèse ?
R/Ma vision pour la Caritas. La Caritas reste un outil indispensable pour la pastorale de l’Eglise, et par ce fait, elle doit absolument jouer son rôle d’être au service des personnes vulnérables. Pour ce faire :
- Elle doit s’ouvrir à d’autres apports de la Caritas Congo, notamment en renforcement de capacités ;
- Elle doit être :
- une Caritas experte et compétente dont la capacité se développe moyennant une formation permanente ;
- une Caritas à la fois autonome, disposant de moyens propres pour venir en aide aux personnes vulnérables, et ouverte à la collaboration dans la perspective de la communion synodale.
Q/3. Comment vous rassurez-vous de l’accompagnement de la Caritas diocésaine en faveur des Caritas paroissiales pour une réponse cohérente aux urgences locales (conflits, pauvreté, catastrophes naturelles) ?
R/Au sein de chaque paroisse, il existe déjà une sous-commission de Caritas. C’est déjà un noyau autour duquel il faudra créer un dynamisme, jouer le rôle de facilitateur en vue de favoriser une synergie d’actions pour orienter toutes les actions vers un but commun. Faire de sorte que la Caritas diocésaine devienne un centre de réflexion et d’actions pour canaliser toutes les ressources en vue de proposer des solutions justes et cohérentes aux problèmes qui se posent.
Je viens de terminer la tournée pastorale à travers le diocèse. Le Coordonnateur de la Caritas a fait partie de la délégation pour m’aider à m’imprégner du travail sur terrain. L’urgence s’impose pour la consolidation de ces structures de la Caritas au niveau des paroisses pour qu’elles soient effectives et opérationnelles. Je ne cesse de soutenir les responsables dans cette tâche.
Quant aux urgences, nous comptons sur l’apport local, mais aussi sur l’appui de nos partenaires pour la formation technique et l’acquisition des outils appropriés et les moyens de locomotion qui font défaut. La Caritas nationale œuvre beaucoup à nos côtés dans ce sens. Nous la remercions et la félicitons pour sa proximité, son soutien et son accompagnement.
Q/4. Comment encouragez-vous la participation des fidèles et des communautés locales, surtout les jeunes et les femmes, dans les initiatives de la Caritas, particulièrement pour la mobilisation de différentes ressources (financières, matérielles et humaines) en faveur des plus démunis ?
R/Nous profitons généralement des rencontres diocésaines pour sensibiliser les jeunes ainsi que les femmes et tous les fidèles. Nombreux considèrent la Caritas avec les efforts qu’elle fournit comme un organisme d’aide qui a ses fonds propres et ne sont pas habitués à la culture de partage avec les pauvres et les souffrants à travers la Caritas. Une pastorale adaptée et un plan stratégique et opérationnel s’imposent pour y faire face.
Q/5. Comment les paroisses peuvent-elles mieux s’approprier la mission de la Caritas pour qu’elle devienne un véritable instrument de solidarité chrétienne ?
R/ Les paroisses ont besoin d’avoir des responsables dynamiques pour entrainer les membres à soutenir la Caritas. Nous sommes dans la phase de la mise en place des structures et leur redynamisation pour ce travail.
Q/6. Quels sont les principaux obstacles financiers ou logistiques rencontrés par la Caritas diocésaine et paroissiales, et comment les surmonter ?
Il y a beaucoup d’obstacles tant financier que logistique, parce que jusqu’à présent, la Caritas diocésaine se construit encore. Elle n’est pas encore autonome financièrement.
La Caritas diocésaine a sa potentialité telle que : 1 600 ha de terres arables et un personnel qualifié et compétent. Mais le plus grand défi reste celui des sources de revenu propre à la Caritas pour faire face aux différentes sollicitations.
Il y a un effort qui se conjugue autour de l’équipe en place. Nous espérons que d’ici deux ou trois ans, la Caritas diocésaine sera au bout du processus de son autonomisation.
Q/7. Comment envisagez-vous de renforcer les partenariats avec d’autres institutions (ONG, État, organisations internationales) pour soutenir les actions de la Caritas Molegbe ?
R/ C’est sûr que les contextes international et national sont très difficiles et les différents conflits dans le monde ont une conséquence sur la situation de nos diocèses. C’est pourquoi, il est nécessaire de conjuguer les efforts pour une vraie synergie au niveau des acteurs locaux et internationaux à travers des partenariats. Nous y travaillons avec la Caritas diocésaine pour identifier les partenaires fiables pouvant nous soutenir.
Q/8. Comment voyez-vous l’accompagnement de la Caritas Congo Asbl et quel message pour elle ?
R/Je pense que cet accompagnement est vital pour notre Caritas diocésaine. Et je ne peux que saluer les initiatives de l’Abbé. Edouard et son équipe qui font un très bon travail en ce sens. Je les encourage à continuer dans cette direction. Cela permet non seulement de former nos agents, mais également les mettre en confiance et à niveau par rapport à la grande famille Caritas.
Q/9. Quels mécanismes de transparence et de redevabilité avez-vous mis en place pour la gestion des ressources de la Caritas ?
R/La Caritas diocésaine a toujours existé. C’est-à-dire qu’il y a déjà des mécanismes de gestion transparente qui ont été mis en place. Ma responsabilité est celle de soutenir et accompagner les efforts de la structure financière en place, et de renforcer les compétences des acteurs impliqués pour espérer produire un bon résultat. Le dynamisme de la solidarité et de la subsidiarité impulsée par la Doctrine Sociale de l’Eglise doit devenir une réalité pour nous tous. Nous sommes en train d’harmoniser nos vues et agenda pour recevoir la visite de l’équipe de la Coordination provinciale. Cela permettra de développer nos liens et de les harmoniser en tenant compte de la compénétration résultant du nouveau découpage territorial par l’Etat congolais.
Q/10. Que peut-on savoir sur votre Caritas dans ses relations avec les autres Caritas dans le cadre de la Province Ecclésiastique de Mbandaka ?
R/ Notre Caritas travaille en harmonie avec toute la Province Ecclésiastique de Mbandaka. Cette cohésion permet la fluidité des informations et la coordination des réponses à donner à des situations qui relèvent de sa compétence dans un élan de synodalité tel que le recommandent les Evêques de la Province. Nous sommes appelés à y veiller.
Propos recueillis par Paris Mona
