Maniema : l’Assemblée générale de la Coopérative COOPROVELU décide de vendre ses 3 tonnes de maïs sur place à Luabo
Kindu, le 16 décembre 2022 (caritasdev.cd) : Où vendre les 3 tonnes de maïs qu’ils ont produites à un prix plus rémunérateur ? Cette question a été l’unique point à l’ordre du jour de l’Assemblée générale extraordinaire de la COOPROVELU (Coopérative de Production et de Vente de Lubao-Gare), tenue jeudi 1er décembre 2022 à son siège de Lubao-Gare, dans le Territoire de Kasongo, en Province du Maniema. Après débat et délibération, la majorité a décidé de vendre leur maïs, mis en stock dans l’entrepôt de la Coopérative, sur place à Lubao-Gare. En fait, ils ont comparé les prix dans les grandes agglomérations voisines et tenu compte des difficultés à y évacuer leur production.
Kindu, le 16 décembre 2022 (caritasdev.cd) : Où vendre les 3 tonnes de maïs qu’ils ont produites à un prix plus rémunérateur ? Cette question a été l’unique point à l’ordre du jour de l’Assemblée générale extraordinaire de la COOPROVELU (Coopérative de Production et de Vente de Lubao-Gare), tenue jeudi 1er décembre 2022 à son siège de Lubao-Gare, dans le Territoire de Kasongo, en Province du Maniema. Après débat et délibération, la majorité a décidé de vendre leur maïs, mis en stock dans l’entrepôt de la Coopérative, sur place à Lubao-Gare. En fait, ils ont comparé les prix dans les grandes agglomérations voisines et tenu compte des difficultés à y évacuer leur production.
« L’état déplorable de la route vers Kindu et le trafic ferroviaire incertain depuis plus de trois mois, nous a obligés de vendre sur place notre maïs. Tenez à Kindu, un sac de 100 kgs revient à 150.000 Frans Congolais, soit 75 $ US ; ici à Lubao, il coûte 175.000 FC (87,5 $ US) ; à Kongolo, il revient à 350.000 FC (175 USD) et à Kalemie à 420.000 FC (210 USD). Mais, pas moyen d'avoir ces deux prix alléchants, puisqu'il n'y a pas moyens de les y acheminer », a résumé la Présidente de la coopérative, Mme Charlotte Masudi. Elle a ajouté que deux wagons de maïs des particuliers trainent depuis des mois à la gare ferroviaire de Lubao, environ cinq autres à Samba. Et pourtant, cette denrée alimentaire est attendue à Kongolo.

En effet, le verdict du vote à main levée de cette question a été donnée par le Secrétaire de ladite coopérative, Mr Kasongo Tambwe: « 25 membres ont voté pour la vente sur place ; 4 ont préféré la vente vers Kongolo et 0 abstention ». La Présidente a relevé que pour ce genre de réunion, les invitations se remettent en dur aux membres et par téléphone pour ceux en déplacement.
La COOPROVELU est l’une des retombées positives du Programme d’appui à la Sécurité Alimentaire et Renforcement des capacités économiques des ménages ruraux dans les Territoires de Lubero, Kasongo, Kasangulu et Kongolo 2018-2021 /117cod01 (SECAL), mis en œuvre par la Caritas-Développement Kindu dans le Territoire de Kasongo.
En effet, la COOPREVELU a obtenu d’elle un renforcement des capacités en matière organisationnel et structurel ainsi qu’un accompagnement dans l’obtention des documents officiels pour son fonctionnement. Le projet SECAL a également construit l’entrepôt que gère actuellement cette coopérative, sous l’accompagnement de la Caritas-Développement Kindu. A la fin du projet, il sera remis à l’Inspection Territoriale du Développement Rural.
Comme la 1ère, la 2ème phase du projet SECAL a été financée par NORAD, à travers la Caritas Norvège et Caritas Congo Asbl, avec une enveloppe de 25.983.583 Couronnes Norvégiennes, soit environ 2,5 millions d’Euros, pour une durée de 5 ans (2018-2022).
La COOPROVELU fonctionne dans la Chefferie de Benia-Samba, Groupement Vanga, dans le Territoire de Kasongo.
But de la COOPROVELU : favoriser la production agricole ...
La COOPROVELU a pour objectifs notamment de « favoriser la production agricole en encourageant la culture par filières ; assurer la commercialisation des produits agricoles des membres à travers un système d’achat à un prix rémunérateur et de revendre dans le marchés après études des possibilités de maximisation des revenus ; assurer, pour ses membres et la population de son aire en général, l’approvisionnement en biens de 1ère nécessité (sel, savon, poissons salés, pétrole, ...), à travers l’organisation des cantines publiques », etc. ,
La COOPROVELU compte 47 membres, dont 29 femmes et 18 hommes. Il y a 7 jeunes dans cet effectif. Du côté gouvernance, elle dispose d’une Assemblée générale, d’un Conseil d’Administration et du Comité Directeur.
Chronologie de productions et ventes annuelles
La COOPROVELU est partie du constat amer de quelques ménages paysans à travailler en solo, de vendre leurs productions dans les champs, généralement à vil prix à des acheteurs emmenant de grosses unités de mesure ; et cela, depuis 2019. Il fallait payer un droit d’adhésion de 10.000 FC (5$ US) par membre pour l’achat des fournitures de bureau et certaines démarches administratives de la coopération, raconte la Présidente.
« Pour l’obtention du siège, nous avons demandé 50.000 FC de part social à chaque membre. Après un débat démocratique, les 180.000 FC (90 $ US) obtenus ont servi à acheter et revendre de l’huile de palme et d’autres denrées (équivalant à 3 tonnes) à 360.000 Francs Congolais en 2020 », poursuit Mme Charlotte. Après l’huile de palme, l’achat et vente du maïs, soja et paddy en 2021, équivalant à 7 tonnes, essentiellement les produits de leurs champs, leur a rapporté 2.495.000 FC, soit 1.247,5 dollars US.
En 2022, la même opération a ciblé ensuite le maïs et l’huile de palme valant 9 tonnes, et a donné à la coopérative de 4.410.000 FC (soit 2.205 $ US).
Renforcer la cantine avec des outils aratoires
Selon la Présidente, une partie du fruit de la vente des 3 tonnes de maïs, objet de cette assemblée générale extraordinaire, servira à acheter des outils aratoires : bèches, machettes et limes essentiellement. Ils rejoindront d’autres biens manufacturés (savons, objets scolaires, piles, etc.) que la COOPROVELU vend à la communauté de Lubao-Gare et à ses membres dans sa cantine.
Inspecteur territorial de développement rural : « cette coopérative permet la vente groupée des produits agricoles »
Il sied de relever qu’un observateur très intéressé assistait à cette réunion : l’Inspecteur Territorial du Développement Rural (pour le Territoire de Kasongo), en mission d’itinérance dans la zone. L’Inspecteur Kalume Cyprien a relevé d’entrée de jeu que « Kasongo est un territoire à vocation agricole où plus de 85% de la population s’occupe de l’agriculture. Le projet d’appui à la sécurité alimentaire de la Caritas est venu répondre réellement aux besoins de la population locale, en matière de production, transformation et commercialisation. En tant que représentant des autorités territoriales ici, je vous rassure que nous appuyons ce projet de Sécurité alimentaire ».
Et d’ajouter : « Je travaille au renforcement des capacités des membres de cette coopérative. Cette dernière est aussi une réponse au plus grand problème qui se pose à nos paysans ici : la vente anarchique des produits agricoles, qui diminue sensiblement leurs revenus ». Mr Kalume Cyprien estime que, « par son projet SECAL, Caritas a d’abord résolu le problème d’augmentation de la production agricole en encadrant ces paysans. Elle leur a ensuite doté des unités de transformation. Mais, il se posait encore un problème de la commercialisation. Certains vendaient leurs produits, encore au champ, en échange des dettes contractées en troc et à vil prix. Voilà pourquoi l’idée de créer cette coopérative leur est venue pour favoriser la vente groupée des produits agricoles ».
L’inspecteur territorial de Développement Rural reconnait à son tour que « le territoire de Kasongo est presqu’enclavé. Ce qui pose l’épineux problème d’évacuation des produits agricoles. Si la coopérative éprouve des difficultés à acheminer ses produits vers des marchés plus rémunérateurs, que dire alors des producteurs individuels, et non membres » ? Et de conclure, avec un appel de pied à NORAD et à la Caritas Norvège pour un appui à l’accompagnateur technique qu’il est : « dites au bailleur des fonds que ce projet répond réellement aux besoins locaux. Il reste cependant primordial de renforcer les capacités de ces producteurs, qui n’avaient pas au départ la compréhension de la vente groupée, tout comme sur l’approvisionnement de la cantine de la coopérative en biens de première nécessité. En cela, elle contribuerait plus efficacement à l’amélioration de la vie de la population ici à Lubao-Gare ». Il a cité notamment la nécessité pour la COOPROVELU de se doter d’une Personnalité juridique pour se mettre à l’abri de certaines taxes.
Plaidoyer nécessaire pour la réhabilitation de la route
Lors des échanges, Mr Kangemba Kasimbo, membre de la COOPROVELU, a renchéri en disant que le train passe seulement trois à quatre fois l’année. « La solution des pirogues pour acheminer les produits à Kindu apporte trop de risques des naufrages, car ces embarcations sont très rudimentaires. Il reste alors la réhabilitation de la route, aujourd’hui en état de dégradation très avancée. Des camionneurs qui s’y risquent, font deux semaines pour parcourir environ les 250 Kms séparant Kindu à Lubao. D’autres tombent en panne et provoquent le pourrissement des denrées alimentaires », a-t-il noté. Une dame a demandé quant à elle à la Caritas de leur doter d’une camionnette de marque « Fuso » pour résoudre ce problème d’évacuation. Pour le Directeur du Bureau Diocésain de développement de Kindu, Mr Aimé-Césaire Songo, cette demande est certes compréhensible, mais n’est pas de la compétence de la Caritas. Il a répondu que Caritas continuera à mener le plaidoyer, aux côtés de la Société Civile locale, auprès des Autorités publiques provinciales, pour la réhabilitation de la cette route Kindu-Samba, en mettant en avant les statistiques intéressantes de production agricole.
Guy-Marin Kamandji
(Envoyé Spécial)
